Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 22:36
Japon, 2001hush--poster-fr.jpg
Réalisé par Ryosuke Hashiguchi
Avec Reiko Kataoka (Battle Royale), Kazuya Takahashi, Seiichi Tanabe
Genre : Comédie dramatique
















Synopsis
– Une femme solitaire fait irruption dans le quotidien tranquille d'un jeune couple d'homosexuels et tente de convaincre l'un des garçons de lui faire un enfant. Alors que le trio peine à s'entendre, une autre jeune fille déclare son amour au potentiel père...

Critique – D'entrée de jeu, les personnages se superposent, se mêlent, et menacent de perdre le spectateur qui, de peu, se rattrapera à une intrigue qui s'éclaircit assez tôt. Afin d'éviter les pièges de la caricature et l'enfermement monothématique trop courant, Hush! fait le double pari de mettre en scène le quotidien de jeunes homosexuels et de soulever la question de la maternité chez les femmes seules.

Hush! n'est pas un film revendicatif. Il n'est pas question ici de défendre une « cause homosexuelle » frappée de constante stigmatisation. Le parti-pris est très clairement celui du réalisme, dans sa simplicité la plus brute. Les longs (parfois trop) plans fixes et la quasi-absence d'accompagnement musical font pénétrer le spectateur dans le quotidien de ces personnages plus vrais que nature, dont les réactions amusent parfois, mais ne surprennent pas.

Pourtant la réalisation est à la peine. Craignant de se noyer dans le cliché, Hashiguchi se laisse porter par le courant, hasardeux. Comme son personnage du père putatif, il est trop doux, trop gentil, et s'affadit au fil du temps. Les amours contrariées et les bonheurs fugaces manquent de force, la dramatisation se dégonfle, la narration manque de s'échouer.

Si Hush! ne sera pas récompensé de ses choix de mise en scène, il aura au moins eu l'intelligence de la sobriété dans le traitement de son sujet. Alternance de violences verbales et de tendresses partagées, le film est à voir comme une photographie douce-amère de la société japonaise du XXIe siècle naissant, avec ses mères caractérielles et ses froides belles-sœurs. Dix ans ont passé, et le regard mériterait bien une actualisation.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Comédie dramatique
Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 11:50

Japon, 1986the-phantom-of-regular-size-poster.jpg
Titre original : Futsu Saiza No Kaijin
De et avec Shinya Tsukamoto (Tetsuo : The Iron Man, Tetsuo II, Tokyo Fist, Vital)
Avec Tomorowo Taguchi (Tetsuo : The Iron Man, Tetsuo II, Tokyo Fist) Kei Fujiwara (Tetsuo : The Iron Man), Nobu Kanaoka (Tetsuo : The Iron Man, Tetsuo II, Tokyo Fist)
Genre : Science-fiction













Synopsis – Film court de 18 minutes, Futsu Saizu No Kaijin se présente comme une ébauche de Tetsuo, réalisé deux ans plus tard. On y découvre un employé de bureau dont le corps va subitement générer des excroissances faites de métal.

CritiqueFutsu Saizu No Kaijin est, à tous points de vue, une préfiguration particulièrement riche de la puissance horrifique que déploiera quelques années plus tard le phénoménal Tetsuo. L'intrigue, plus condensée, est quasiment la même, les acteurs identiques, les techniques similaires.

Sans dresser une fade liste comparative, il convient de souligner que ce premier jet, ce « Tetsuo 0 » en quelque sorte, a sans doute permis à Shinya Tsukamoto de confirmer ou d'invalider plusieurs choix de réalisation qui conduiront à une meilleure maîtrise du sujet et de sa présentation dans les réalisations ultérieures.

Ainsi la couleur ici présente réduit l'atmosphère sombre que seul le contraste noir et blanc de Tetsuo saura véritablement exploiter. En revanche, les prises image par image en accéléré, les plans serrés ou encore le flou volontaire sont des valeurs sûres chez Tsukamoto, tout comme la bande son tapageuse.

Inévitablement, les thématiques chères au réalisateur trouvent déjà leur place, entremêlées : mutation et mutilation, souffrance et plaisir, sexe et violence. Ce qui au premier abord peut être jugé comme un brouillon insipide se révèle être un bouillonnement vertigineux dans lequel se noie le spectateur halluciné qui, assurément, n'en ressort pas indemne.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Science-fiction
Voir les 0 commentaires
Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /Fév /2010 18:58
Corée, 2001ivre-de-femmes-et-de-peintures-poster.jpg
Titre original : Chi-hwa-seon
Réalisé par Im Kwon-teak
Avec Choi Min-sik (Shiri, Old Boy, Lady Vengeance), Ahn Sung-kee (Arahan), Yu Ho-jeong (Je Suis un Cyborg)
Genre : Drame














Synopsis – Corée, deuxième moitié du XIXe siècle. Une époque trouble, un pays instable, un peuple soumis. Au milieu, « Ohwon » Jang Seung-up, un peintre dont la maîtrise artistique n'a d'égale que la passion de l'alcool et des femmes.

ivre-de-femmes-et-de-peintures-01.jpg

Critique – Im Kwon-taek, malgré une centaine de films depuis 1962, ne se fait connaître en Europe qu'au début des années 2000. A la projection d'Ivre de Femmes et de Peintures, on se rend rapidement compte du talent dont on s'est privé depuis tant d'années.

Très vite, Ohwon comprend qu'il n'est pas comme les autres. Toute sa vie, des personnes bien ou mal intentionnées s'emploieront à le faire rentrer dans le moule exigu de la norme sociale et culturelle. Il fait le dur apprentissage des règles, sous l'œil rigoureux des maîtres qui cachent derrière leur autorité polie une inavouable stupéfaction face à ses dons. L'élève prend le dessus sur ses mentors, et de copiste reconnu il devient le génie que l'on copie et dont les plus grands s'arrachent les œuvres. Sa peinture est à son image : unique, puissante, imprévisible.

ivre-de-femmes-et-de-peintures-02.jpg

La vie d'Ohwon – et par conséquent la vision que nous en livre Im Kwon-taek – est un parcours initiatique. Sur la longue route du succès, l'ivresse n'est pas faite que de peinture, mais aussi de femmes et d'alcool. Ce triptyque catalyse, mêle et fait éclater les passions : gloire, échec, joie, tristesse. Ohwon passe de l'un à l'autre, son être comme son pinceau est en mouvement permanent, et ce mouvement de l'âme, immodéré, fait écho à celui du corps, qui jamais ne trouve sa place. Le roturier est courtisé par les nobles en raison de son talent, mais il n'en reste pas moins indigent, obligé à errer, fuir, se cacher.

Choi Min-sik excelle dans ce rôle d'artiste bohème, alcoolique et colérique, qui admire les femmes autant qu'il les craint. Sa prestation physique conjugue habilement flegme et déchainement, rendant le personnage incomparable pour son époque et son milieu.

ivre-de-femmes-et-de-peintures-04.jpg

L'indescriptible puissance d'Ivre de Femmes et de Peinture est dans la correspondance-même entre l'œuvre du peintre et celle du réalisateur. On ne compte plus les plans majestueux d'une beauté rare, que l'on prendrait pour des tableaux si le vent ne venait agiter les cerisiers en fleurs, si une silhouette sombre ne s'y mouvait. Jang Seung-up envahit littéralement le film, et Im Kwon-taek de fondre en un furieux panorama l'art, l'artiste, et l'émotion.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Drame
Voir les 0 commentaires
Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 23:22
Japon, 2004survive-style-5--poster2.jpg
Réalisé par Gen Sekiguchi
Avec : Tadanobu Asano (Ichi The Killer, Vital, Jellyfish, Yume No Ginga), Kioko Koizumi, Ittoku Kishibe
Genre : Comédie dramatique
















Synopsis – Un mari et sa femme qui ressuscite, un hypnotiseur fétichiste, une publicitaire incomprise, un père de famille qui se prend pour un oiseau, une bande de jeunes voleurs, un tueur à gages anglais. Sans se connaître, ces étranges personnages ont plus en commun qu'ils ne le pensent.

survive-style-5--03.jpg

CritiqueSurvive Style 5+ se rend vite inclassable par le déroutant mélange de genres qu'il orchestre : comique, dramatique, fantastique, la réalisation marie également le crime et les sentiments dans un bouquet explosif.

Avant tout, Survive Style 5+ est un challenge visuel. Le mauvais goût déferle à chaque scène, multiforme, inattendu, encombrant, depuis la voiture à la carrosserie fleurie jusqu'au costume jaune bigarré en passant par le loft baroque et le gilet en imitation peau de tigre. Le résultat à l'écran est inévitablement chargé, compliquant parfois la lisibilité des scènes, mais offre assurément une atmosphère unique.

survive style 5+ 02

Ce qui paraît confiner au ridicule devient, entre les mains de Gen Sekiguchi, une palette colorée de regards motivés par la critique sociale et la dérision. Le bon père de famille offre à ses sages enfants le spectacle dont il rêvent ; bien mal lui en a pris, lui qui sera bientôt condamné à se croire un oiseau enfermé dans un costume. Et pendant que le flegmatique Aman continue de tuer sa femme et de l'enterrer pour ensuite la retrouver à la maison, bien vivante et prête à en découdre avec son meurtrier de mari, pendant, donc, que ce Sisyphe barbu roule son fardeau en haut de sa sombre et solitaire montagne, le monde continue de tourner.

Pourtant nombreux sont ceux qui peinent à y trouver leur place, à y définir leur rôle sur Terre comme le rappelle rageusement le tueur britannique. Tous sont des anormaux, des désaxés, des étrangers à la société de normes et de repères bien propres. Mais tous, consciemment ou non, volontairement ou non, ont fait le choix de l'assumer, ne le reconnaissant qu'avec timidité dans un sauna ou le démontrant avec insouciance en se jetant d'un toit.

survive-style-5--04.jpg

Chacun a sa manière défie les codes, non pas par jeu, mais pour se réaliser, quitte à en payer le prix. Ce n'est pas de jouer un rôle qu'il est question, mais de survivre dans un monde qui ne souffre aucun écart. Et de le faire avec style, si possible.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Comédie dramatique
Voir les 0 commentaires
Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /Fév /2010 13:46
Corée du Sud, 2003Janghwa_hongryeon_-Korea-.jpg
Titre original : Janghwa, Hongryeon
Réalisé par Kim Ji-woon (A Bittersweet Life)
Avec : Yum Jung-ah, Lim Su-jeong, Moon Geun-young
Genre : Drame, frissons
Int. - 12 ans







 







Synopsis – Su-mi et Su-yeon sont deux soeurs complices. Depuis la disparition de leur mère, elles subissent les foudres d'une belle-mère autoritaire et caractérielle. Leur père, de son côté, semble aveugle à cette situation et ne comprend pas leur comportement.

2-soeurs-04.jpg

Critique – D'un pas hésitant, presque craintif, Su-mi et Su-yeon retrouvent la maison familiale, une maison isolée, ancienne, aux airs de manoirs et où la pénombre semble permanente. L'obscurité et les filtres poussiéreux serviront d'ailleurs tout au long du film à créer une atmosphère froide, angoissante.

Mais 2 soeurs est avant tout un drame familial, une lutte de l'adolescence contre l'intrus adulte, le substitut maternel imposé et inacceptable. Face à cette marâtre indomptable au courroux facile, Su-mi ose timidement le défi. Petit à petit, confortée par l'ignorance affichée de son père, la jeune fille se fait la protectrice de sa sœur. Elle revendique sans le dire le droit à être ce substitut maternel que « l'autre » veut incarner. Car il s'agit toujours d'accroître sa place dans la famille, pour ne pas dire son pouvoir, par la victoire sur l'autre, par son asservissement.

2-soeurs-03.jpg

La confrontation est brutale, autant psychologique que physique. Le film souffre, dans sa première partie, d'une lenteur exaspérante, et d'une légèreté scénaristique, mais le spectateur attentif en saisira bien vite l'utilité, assommé qu'il sera par une suite qui offre les clés de compréhension en même temps qu'elle accroît la confusion.

Comme souvent, Kim Ji-woon revendique des choix visuels remarquablement travaillés. L'image demeure limpide et directe, glissant de profils en vues subjectives, de contre-plongées en plongées. Si tout a l'air si simple, c'est que rien n'est laissé au hasard. Au final, dans cette effrayante maison, on en vient à se demander si l'isolement n'est pas plus effrayant que l'affrontement, si violent soit-il.

2-soeurs-01.jpg

Pour combattre le mal lorsque l'on est sans espoir, le sacrifice est forcément nécessaire. Mais s'agit-il du sien ou de celui d'autrui ? Et quand on ne fait plus qu'un avec son alter ego, le salut doit-il passer par la perte ? Par un jeu complexe, Kim Ji-woon surprend, déjoue les attentes, et rappelle que le fou n'est pas toujours celui que l'on croit.



Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Frissons
Voir les 0 commentaires
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés