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Les Toiles d'Asie, c'est :
  • le cinéma asiatique d'hier et d'aujourd'hui
  • des critiques volontairement synthétiques, qui préservent la curiosité du spectateur
  • nouveau : des analyses thématiques détaillées, pour exploiter le film

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Mardi 23 janvier 2007

SPL

(2005, Hong-Kong)

 

Réalisé par Wilson Yip

Avec : Samo Hung, Donnie Yen, Simon Yam, Wu Jin

Genre : Policier

1h28

 

Int. -12 ans






Le Synopsis

Le détective Chan cherche depuis longtemps à coincer Wang Po, impitoyable chef de gang de Hong-Kong. Rejoint par un jeune officier qui assure la relève, Chan se jette corps et âme dans cette traque acharnée.

 

La Critique

SPL est révélateur de la schizophrénie qui atteint le nouveau cinéma d’action hongkongais : si les moyens mis en œuvre assurent une réalisation solide aux visuels spectaculaires, le film peine à sortir du carcan construit par ses prédécesseurs.

SPL joue principalement de deux registres. Côté pile, un polar sombre à l’atmosphère glaciale, qui déploie force talents scénaristiques pour combler les attentes d’un public large. Côté face, un film d’action qui carbure au kung-fu urbain et rageur, appuyé par des chorégraphies soignées et ingénieuses.

Le jeu d’acteurs est honnête, souligné par l’impériale prestation de Donnie Yen et de Simon Yam, mais la rigueur du scénario tend à enfermer les personnages dans un manichéisme pressant et réducteur. On saluera au passage une mise en scène rythmée selon les canons asiatique du genre, subtil balancier entre scènes lentes et scènes dynamiques.

En revanche, on peut regretter l’absence dommageable de risques pris par Wilson Yip : rien de très nouveau dans le choix des prises de vue, malgré un souci certain de la précision photographique. Le classicisme transparait souvent derrière la modernité voulue du film ; c’est une force autant qu’une gène.

Au final, SPL s’impose comme une valeur sûre du cinéma d’action made in Hong-Kong actuel. Sans révolutionner le genre, il remplit son contrat. Et ce n’est pas rien.

 

Mention spéciale à un cruel lanceur de ballon rose.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Policier
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Dimanche 21 janvier 2007

Le Château de l’Araignée

(1957, Japon)

 

Réalisé par Akira Kurosawa

Avec : Toshirô Mifune, Minoru Chiaki, Isuzu Yamada

Genre : Action, Drame

1h45











Le Synopsis

Japon. XVIe siècle. Dans la Forêt de l’Aragne, une sorcière prédit un glorieux avenir à deux généraux de retour d’une victoire décisive. Alors que la prophétie s’accomplit, Taketoki Washizu craint de perdre le contrôle de sa destinée.

 

La Critique

Librement inspiré du chef-d’œuvre shakespearien McBeth, Le Château de l’Araignée nous plonge dans les arcanes du Japon féodal, empli de mystères, de complot et de destins brisés.

Un peu rude dans sa présentation, la mise en scène joue clairement la carte du tragique. Les décors moyenâgeux grandioses lui confèrent un réalisme joyeusement appuyé par de légères incursions des croyances traditionnelles. La lenteur assumée et le jeu d’acteurs millimétré construisent une théâtralité magistrale, transcendée par un Toshirô Mifune plus crédible que jamais.

Le scénario résolument tragique fait la part belle aux rebondissements, tout en suivant une trame simple mais terriblement efficace. Le héros malheureux confronté à de cornéliens dilemmes trace sans s’en rendre compte le chemin de sa propre perte, répandant derrière lui désolation et rancœur. Les valeurs chevaleresques occupent constamment le premier plan : honneur, bravoure, respect.

L’intensité du jeu scénique est renforcée par la gravité affichée d’acteurs faussement résignés. Si les plans épiques et les déploiements militaires sont de rigueur, la réalisation sait aussi se faire intimiste, insistant sur la subjectivité de ces jouets du destin. Le noir et blanc renforce dramatiquement ces errances rebelles.

Autant par sa mise en scène que par les prestations de ses acteurs, Le Château de l’Araignée a quelque chose de majestueux. Une belle leçon de cinéma signée Kurosawa, qui nous rappelle avec vigueur ce que lui doit le cinéma japonais moderne.

 

Mention spéciale à de prophétiques corbeaux.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Action
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Vendredi 19 janvier 2007

Visitor Q

(2001, Japon)

 

Réalisé par Takashi Miike

Avec : Kenichi Endo, Shungika Uchida, Jun Mutô

Genre : Comédie dramatique

1h24

 

Int. -16 ans


 



Le Synopsis

Dans cette famille de déséquilibrés, le père couche avec sa fille prostituée, le fils humilié par des camarades de classe bat la mère, qui se donne à des hommes pour payer sa drogue. Il n’en faut pas plus pour décider le père d’en faire un documentaire.

 

La Critique

Asiatiquement inspiré du Théorème de Pier Paolo Pasolini, Visitor Q fait partie d’une commande de films ayant pour thème l’amour. Miike en offre une vision éruptive, cinglante, irrationnelle.

Le film déroute d’emblée le spectateur, par une scène d’inceste qui mêle candeur et sentiments de culpabilité. Le ton est donné. Irrévérencieuse et libérée de tout tabou, la réalisation esquisse le portrait de personnages déboussolés et indifférents au monde qui les entoure. Une famille éclatée dont l’hyperréalisme se fait le miroir de notre propre vécu.

Loin de toute pudeur, Miike filme l’obscénité quotidienne, tout en évitant la vulgarité. Les scènes de sexe volontairement ostentatoires tendent vers le masochisme sans pathétisme. A leur côté, une violence gratuite en perpétuel recommencement, véritable source d’inspiration pour un père devenu fasciné par les déboires de son fils.

S’invitant au beau milieu de ce désordre charnel, le « visitor » devient spectateur imperturbable, mettant en lumière des questionnements intimes : liberté de disposer de son corps, rapport à la violence, fondements de la famille, etc. Ajoutons un jeu constant sur les fluides, corporels ou non ; une source d’interrogations parmi d’autres.

Par sa crudité et l’atmosphère déjantée qu’il inspire, Visitor Q préfigure le délire surréaliste Gozu. Une chose est sûre, Takashi Miike n’a pas fini d’exploiter cette voie. Pour le plaisir assuré de ses spectateurs.

 

Mention spéciale à une averse lactée.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Comédie dramatique
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Mercredi 17 janvier 2007

Cure

(1997, Etats-Unis, Japon)

 

Réalisé par Kiyoshi Kurosawa

Avec : Koji Yakusho, Masato Hagiwara, Tsuyoki Ujiki

Genre : Thriller

1h45

 

Int. -12 ans






Le Synopsis

L’inspecteur Takabe enquête sur une série de meurtres dont les corps présentent une étrange taillade en forme de croix. A chaque fois, un meurtrier différent est retrouvé, amnésique et visiblement sous hypnose…

 

La Critique

15e long métrage du réalisateur, Cure offre à Kurosawa une reconnaissance occidentale. Un mélange de normalité effrayante et de tension psychologique qui modernise les traditions du genre.

Le film joue les équilibristes entre deux univers complexes : d’un côté, le quotidien et son lot de micro-événements ; de l’autre, le règne obscur de l’inconscient et ses inexplicables forces. Le scénario évolue avec peine pour atteindre la lumière vacillante au bout – lointain – du tunnel. Les longueurs volontaires construisent une atmosphère pesante, au risque de lasser.

Proche des œuvres de Shinya Tsukamoto par son montage abrupt et rappelant par sa gestion du rythme les mises en scène propres à Takashi Miike, Cure glisse dans une vacuité pleine d’un sens constamment fuyant, auxquels s’accrochent les personnages, jusqu’à en perdre leurs repères les plus basiques.

Cure pare d’un habit sombre une thématique chère à Kiyoshi Kurosawa : un virus mortel qui contamine implacablement son environnement. La source est ici psychologique, elle sera organique dans Charisma et technologique dans Kaïro. Une déclinaison efficace qui met en lumière un profond malaise social.

Malgré son manque récurrent de dynamisme, Cure dégage un parfum tout à la fois âcre et envoûtant. L’occasion de rappeler que la psyché reste un dédale moins irréel qu’il n’y parait…


Mention spéciale à une défenestration inattendue.


Voir aussi :
> Kiyoshi Kurosawa dans Kaïro
> Koji Yakusho dans Kaïro
Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Thriller
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Lundi 15 janvier 2007

Suicide Club

(2003, Japon)

 

Réalisé par Shion Sono

Avec : Ryo Ishibashi, Masatoshi Nagase

Genre : Thriller

1h37

 

Int. -16ans






Le Synopsis

54 jeunes filles sautent ensemble sur les rails du métro à une heure de grande affluence. Une véritable énigme pour les policiers, tandis que d’autres suicides collectifs ont lieu, au nom du « Suicide Club ».

 

La Critique

Les scénaristes japonais sont réputés pour leur créativité éruptive et leur impudeur avouée. Pour autant, leurs délires sont-ils si éloignés de la réalité ?

Sur cette question, Suicide Club entretient le mystère. Les premiers instants du film déploient une violence outrageuse qui élève l’absurde au rang de principe de vie (et de mort). Incrédule, le spectateur est tout aussi dérouté que la police criminelle face à ces suicides de masse inexplicables et spontanés.

Si le sujet s’annonce prometteur, en revanche le scénario se prend les pieds dans les multiples digressions qui nuisent à sa compréhension. La deuxième partie du film glisse joyeusement dans un délire conceptuel et dogmatique insaisissable. De quoi laisser le spectateur sur sa faim, tant visuelle que cérébrale.

Au-delà de son esthétique sanguinolente et ostentatoire, Suicide Club lève le voile sur le mal-être – bien réel – d’une génération en quête de repères. Dans un monde où l’adolescence est synonyme d’état de crise, maladif et marginalisé, le suicide trouve autant de sens – si ce n’est plus – que la vie, la banalisation de la violence aidant.

Malheureusement brouillon et inabouti, Suicide Club pousse à la réflexion et invite chacun à retrouver le lien avec lui-même.

 

Mention spéciale à un rabotage épidermique à la chaîne.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Thriller
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