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Les Toiles d'Asie, c'est :
  • le cinéma asiatique d'hier et d'aujourd'hui
  • des critiques volontairement synthétiques, qui préservent la curiosité du spectateur
  • nouveau : des analyses thématiques détaillées, pour exploiter le film

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Drame

Lundi 20 novembre 2006 1 20 /11 /2006 08:40

Rashômon

(1950, Japon)

 

Réalisé par : Akira Kurosawa

Avec : Toshirô Mifune, Masayuki Mori, Machiko Kyô

Genre : Drame

1h23









Le Synopsis

En 750, à Kyoto, capitale japonaise de l’époque, trois hommes discutent sous la Porte Rashô d’un événement qui leur a été rapporté : dans la forêt, un brigand aurait violé une femme avant de tuer son mari. Mais les versions divergent, et il devient difficile de discerner mensonges et réalité.

 

La Critique

Rashômon est à l’origine une nouvelle de l’écrivain Ryunosuke Akutagawa (1892-1927), maître japonais du genre, et dont le nom est également celui du plus prestigieux prix littéraire décerné au Japon de nos jours.

Pilier du cinéma japonais d’après-guerre, Rashômon est avant tout une œuvre rude qui tire sa force des contrastes qu’elle impose. Un atout brillamment exploité à l’écran par Akira Kurosawa.

Contraste du noir et blanc, bien sûr, qui apporte à l’image charme, dureté et profondeur. Contraste des personnalités ensuite, car les acteurs en nombre réduit se montrent tour à tour froids et émotifs, paisibles et hargneux, enthousiastes et désespérés. Contraste des versions subtilement contradictoires enfin, plongeant le spectateur dans le trouble au fur et à mesure qu’il cherche les indices.

La reconstitution tâtonnante du crime repose sur un scénario complexe et prenant, aux surprises finement amenées. Si certaines attitudes parfois surjouées prêtent à sourire, le film parvient à installer une tension qui ne laisse pas indifférent. A ce titre, les gros plans insistant sur les visages marqués d’émotion, d’angoisse ou de rage, sont particulièrement convaincants. C’est sans conteste la fixité des prises qui donne au film toute sa puissance visuelle.

Jusqu’au bout, Rashômon nous transporte dans un monde de faux-semblants pourtant si réel. Une œuvre atemporelle qui inspira d’innombrables réalisations japonaises à sa suite, tout en demeurant unique.

 

Mention spéciale à d'hystériques éclats de rire.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Drame
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Jeudi 30 novembre 2006 4 30 /11 /2006 09:22

2 Sœurs

(2003, Corée du Sud)

 

Réalisé par Kim Jee-woon

Avec : Im Soo-jung, Moon Geun-young, Yeom Jeong-a

Genre : Drame, Horreur

1h49

 

 

Int. -12 ans





Le Synopsis

Depuis la disparition de leur mère, Su-Mi et Su-Yeon sont devenues très proches. Mais elles doivent désormais cohabiter avec une belle-mère qui les déteste. Dans la maison familiale, visions et phénomènes étranges se multiplient.


La Critique

2 Sœurs explore avec une grande finesse le thème de la famille recomposée. Le surnaturel qui s’immisce insidieusement dans le décor lui donne un relief inquiétant.

Si la narration attribue au film sa qualité de drame, Kim Jee-woon ose des incursions dans le domaine de l’horreur : cet équilibre maîtrisé fait froid dans le dos. A ce sujet, le point fort du film est sans doute sa capacité à communiquer au spectateur les troubles de personnages névrosés.

L’esthétique visuelle est d’une brutale délicatesse : vues subjectives, plans serrés et gestion adroite de l’obscurité créent un univers terrifiant aux allures pourtant bien réelles. A tel point qu’il devient impossible de discerner cauchemar et réalité. L’atmosphère sombre quant à elle, renforcée par un silence pesant, devient vite insoutenable d’angoisse.

On appréciera le scénario non-linéaire qui surprend par ses rebondissements et sa profondeur. La fin du film reste toutefois difficile à comprendre au premier abord, ce qui laisse une part d’interprétation à la disposition du spectateur curieux.

Les diverses inspirations cinématographiques sur lesquelles est construit 2 Sœurs trouvent toute leur force dans une réalisation hybride qui mêle efficacement drame et frissons. Grand Prix du Festival du film fantastique de Gérardmer 2004.


Mention spéciale à une scène de lutte féminine sans merci.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Drame
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Samedi 2 décembre 2006 6 02 /12 /2006 10:04

The Eye 2

(2003, Hong-Kong)

 

Réalisé par Danny Pang & Oxide Pang

Avec : Shu Qi, Eugenia Yuan, Jesdaporn Pholdee

Genre : Fantastique

1h31









Le Synopsis

Joey, une charmante jeune femme, vient de se séparer de Sam. Par désespoir, elle tente de mettre fin à ses jours en absorbant une grande quantité de médicaments. Echappant au pire, elle est désormais victime de visions morbides.


La Critique

Deuxième volet de la saga des frères Pang, The Eye 2 marque sa différence avec l’opus précédent. Créativité et maturité sont au rendez-vous.

Le film est volontairement moins terrifiant, visuellement, que The Eye. Tout simplement parce que les techniques utilisées pour faire apparaître les revenants sont les mêmes, donc surprennent moins. Elles se montrent toutefois convaincantes, et accompagnées d’effets sonores appropriés.

Si l’angoisse est moins explicite, c’est parce qu’elle est ici davantage psychologique. A ce sujet, le jeu des acteurs est considérablement plus mûr que dans le premier volet, même si quelques propos naïfs auraient pu être évités.

Mais c’est surtout par l’originalité de son thème principal que The Eye 2 se montre intelligent. La mort n’est pas présente qu’à la fin de la vie, elle est aussi au cœur des peurs liées à la maternité. La grossesse devient alors une lutte cathartique de la (sur)vie contre la mort. L’idée est novatrice, malgré certaines faiblesses scénaristiques.

Danny & Oxide Pang signent ici une réalisation moins spectaculaire que précédemment, au profit de thèmes peu souvent exploités. Un compromis louable.

 

Mention spéciale à d’impressionnantes chutes de corps.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Drame
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Lundi 18 décembre 2006 1 18 /12 /2006 09:18

Hana-Bi

(1997, Japon)

 

Réalisé par Takeshi Kitano

Avec : Beat Takeshi, Tetsu Watanabe, Kayoko Kishimoto

Genre : Drame

1h38








Le Synopsis

Affecté par la grave maladie de son épouse et l’accident d’un collègue, l’inspecteur Nishi quitte ses fonctions. Il entreprend alors de profiter des derniers moments en compagnie de sa femme.

   

La Critique

Takeshi Kitano nous avait habitués à son goût pour la rencontre subtile du drame sentimental et du film de gun fight, notamment avec Sonatine, Mélodie Mortelle, où il côtoyait déjà Testuo Watanabe. Avec Hana-Bi, il sublime le genre.

Fidèle à lui-même, Beat Takeshi compose un personnage froid, cruel et imprévisible. Mais la carapace dissimule habilement un être qui souffre de voir ses proches abîmés par la vie, et qui voudrait se donner tout entier pour leur salut.

Le film est ainsi construit autour d’une quête rendue difficile par l’environnement violent, celle de la quiétude. Comme dans Sonatine, Kitano focalise sur l’improbable mise au vert d’un policier haï par des yakusas qui le traquent sans répit. En réponse au harcèlement, Nishi n’a pas le choix : les pulsions explosent en un feu d’artifice (« hana-bi » en japonais) sanglant et méticuleux.

Plans fixes, longs silences, Hana-Bi a quelque chose de la tragédie grecque, jusque dans les mimiques et les situations inattendues. Le scénario non linéaire oblige à une reconstitution de la part du spectateur, comme pour exprimer la déroute de ce héros malheureux.

Conte moderne où l’innocence perdue et vainement recherchée croule sous le poids de la violence vengeresse, Hana-Bi magnifie une fois de plus l’esthétique brute et atemporelle propre à l’univers de Takeshi Kitano. Lion d'or au Festival de Venise 1997.

 

Mention spéciale à un impassible arracheur de cerf-volant.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Drame
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Samedi 30 décembre 2006 6 30 /12 /2006 10:32

Vital

(2004, Japon)

 

Réalisé par Shinya Tsukamoto

Avec : Tadanobu Asano, Nami Tsukamoto, Jun Kunimura

Genre : Drame

1h20











Le Synopsis

Hiroshi Takagi perd la mémoire à la suite d’un accident de voiture qui a coûté la vie à sa petite amie. Se raccrochant à ses souvenirs, il reprend ses études de médecine.


La Critique

10 ans après l’obscur délire organique nommé Tetsuo, Shinya Tsukamoto reprend les thèmes qui lui sont chers, à travers une réalisation plus cérébrale et posée.

Nombreux sont les éléments de Vital que Tetsuo mettait déjà en avant à l’époque : le traumatisme lié à l’accident, les troubles de la conscience, le mélange malsain du plaisir et de l’autodestruction, l’intégrité souillée du corps humain. Le réalisateur y ajoute des dialogues minimalistes, qui font la part belle aux silences emplis de significations sibyllines.

Le spectateur suit ainsi le personnage central qui, dans sa quête de réminiscences, affronte les démons de son subconscient. Pour accompagner ce pèlerinage introspectif, un montage qui alterne narration angoissée et scènes aussi délurées qu’énigmatiques. Le noir et blanc refait furtivement son apparition. Atmosphère froide et glauque assurée.

Reste qu’on est loin des abominations infligées au héros de Tetsuo, tant dans la volonté que dans la réalisation. Les dissections sont filmées sans pudeur, en angle serré et avec minutie, mais dans un cadre relativement aseptisé.

Il faut donc aller chercher plus loin le secret de Vital, en s’interrogeant par exemple sur le passage obligé par la souffrance dans une quête vers la résurrection morale. Par des voies non conventionnelles, Shinya Tsukamoto pousse à la réflexion. Encore une fois.

 

Mention spéciale à un athlétique jet de galet.

Par Guillaume Vanneste - Publié dans : Drame
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